galerie anne barrault
  
  

  
Anne Bourse
Lever de soleil / Coucher de soleil / Où je suis en ce moment, 2014
encre et fond de teint sur papier, bouteilles, vraies et fausses plantes, carton et images plastifiés,scotch, fond en feutrine noir
vue de l’exposition Bikini, Lyon, 2014

 

Magnifiquement Aluminium
ANNE BOURSE
ÉMILIE PEROTTO
A l'occasion de CHOICES, la galerie sera ouverte
le dimanche 31 mai de 12h à 19h






une proposition de Sarah Tritz
29 mai - 27 juin 2015

Magnifiquement aluminium / Soleil violet / Une démesure.

Quand Anne Barrault m’a proposé d’exposer des artistes de mon choix dans sa galerie, j’ai eu envie d’une situation de face à face, plutôt opportune au regard de l’espace. J’ai alors imaginé la rencontre entre Anne Bourse et Emilie Perotto comme un portrait en creux de ma propre pratique. Je les ai immédiatement associées pour le rapport fondamental que chacune d’elles entretient à la production et pour la matérialité de leurs oeuvres.
Anne Bourse travaille à partir de découpages, de collages, de dessins, de fonds colorés, d’images imprimées, de dessins sur soie et parfois d’assemblages d’objets un peu «foutus» qu’elle chérit et à qui elle accorde sa confiance. Je me remémore une gamme chromatique précise: violet / rose / jaune / bleu/ vert pâle / vert pomme / noir.
Chacune de ses oeuvres est douée d’une évidente légèreté propre aux matériaux choisis. Cette matérialité nous dit profondément que l’essentiel de la vie se situe aussi ailleurs que dans une pénibilité ou un devoir.
J’y vois une stratégie critique, malicieuse, pour déjouer les contingences matérielles quotidiennes. Ses formes ne doivent pas l’encombrer spatialement. Elle dessine régulièrement pour ses ami(e)s de faux billets de banque. Anne sait réaliser des formes magiques avec presque rien, elle crée sa propre économie, en sachant transformer du papier en un joyau.
Lever de soleil / Coucher de soleil / Où je suis en ce moment 1
L’installation m’évoque les chambres japonnaises. Je me suis assise autour de la housse de couette que je nomme la «couette-jumeau» qui est ornementée de cigarettes peintes à l’encre pour soie. Les cigarettes «dansent le motif». Sur les murs noirs, elle a aligné ces fonds aux couleurs passées, douces et très sensuelles.
A côté, un bouquet courbé, au squelette de bouteilles en plastique, de fleurs chapardées dans des halls d’immeubles et de cartes de visite imaginaires. Petit Ikebana secrétaire mélancolique, qui semble devoir prendre dix rendez-vous par jour, happé par les affres d’une compétition absurde.
Emilie Perotto réalise des sculptures à échelle imposante. Ses formes se construisent avec des matériaux coûteux, comme l’acier inoxydable, le topan noir, la fonte d’aluminium. Lumière blanche et argentée. J’aime énormément la démesure de sa démarche. Sans concession, ni superflu. Tout est démesurément préparé, je dirai même cadenacé. Ce n’est pas fréquent d’être si rigoureuse dans l’anticipation d’une forme et de sa spatialisation. Emilie Perotto fait appel à un savoir-faire qu’elle ne possède pas, travaillant régulièrement avec un artisan et d’autres fois avec des apprentis ferronniers ou encore des menuisiers qui ont réalisé pour et avec elle la forme désirée. Lors de la réalisation, Emilie intègre autant leurs points de vue que leur technicité. Les sculptures sont en quelque sorte la mise en forme du faire-ensemble. Elle élabore ainsi sa propre économie et sa propre chaîne de productio
n.
L’esprit de contradiction (sculpture capucine)1/22
Une armée de glaives noirs enfilés sur le tube-corps d’argent du Roi. Une sculpture majestueuse serait comme l’abstraction de La bataille de San Romano peinte par Uccello. Perception frontale. Les glaives en topan noir attendent d’être regardés et menacent de nous assommer. On imagine à travers le dessin de la sculpture une mécanique aux mouvements impitoyables.
Il est rare en tant qu’artiste de pouvoir regarder d’autres artistes au travail et de se mettre en retrait pendant qu’une rencontre de formes et de langages se passe sous vos yeux. Je n’ai pas eu à convaincre Anne Bourse et Emilie Perotto à montrer leurs oeuvres ensemble. Je désirais simplement que la rencontre se dessine sans forcer quoi que ce soit. Les pratiques et la matérialité de leurs oeuvres disent quelque chose de politique chacune à leur façon. Ces deux femmes artistes créent leur propre autonomie.

Sarah Tritz, janvier 2015

1 Installation vue lors de l’exposition personnelle de Anne Bourse, Lever de soleil / Coucher de soleil / Où je suis en ce moment, en septembre 2014 chez Bikini à Lyon
2 sculpture vue lors de l’exposition collective, Passages, Centre d’art Les Capucins, Embrun
Anne Bourse
...calm and debonair, 2014
encre, impression et crayon sur papier découpé, sol de feutrine noir,
70x100 cm
ANNE BOURSE
Née en France en 1982, elle vit et travaille à Lyon.
Anne Bourse a vécu et travaillé ces dernières années à Berlin, Hambourg et Beyrouth, en résidence à Lisbonne et Istanbul, puis à Lyon où son atelier se situe actuellement. De cette mobilité est née sa pratique du dessin et de l’installation, d’une économie transitoire, constellaire.

ÉMILIE PEROTTO
Née en France en 1980, elle vit et travaille à Lyon.
Émilie Perotto montre actuellement son travail sur le site du Centre de conservation et de ressources du MuCEM, ainsi qu’au Centre de réinsertion professionnelle Richebois à Marseille dans le cadre d’une résidence. Elle participe également à l’exposition « Il faut maintenant construire le monde » au FRAC Poitou-
Charentes, ainsi qu’au Festival des Arts Éphémères au Parc Maison Blanche de Marseille. Elle mène un doctorat au sein du Laboratoire d’études en sciences de l’art à l’université d’Aix-Marseille et enseigne à l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne.
Emilie Perotto
Le Dahu, 2011
bois, câble métallique
323,5 x 128,5 x 250 cm
Vue de l’exposition Passages, Centre d’art Les Capucins, Embrun, 2011
© Marie Augustin
Emilie Perotto
L’esprit de contradiction (sculpture capucine) 1/2, 2011
Topan, acier inoxydable, plexiglas
387 x 325 x 251 cm
© Marie Augustin
Vue de l’exposition Passages, Centre d’art Les Capucins, Embrun, 2011