Les anges de l’épaule gauche
Un texte de Maymouna Baradji, artiste et poète.
Il a dit : « attention le sang va couler sur le papier, attrape la goutte. »
Il faudrait la mettre où si ce n’est ici ?
J’ai plus peur des films d’horreurs, quand j’enlève le cadenas posé à l’intérieur. Quand les monstres
des histoires viennent se lover en moi, panser leur plaies, arracher les costumes cousus à même la
chair. Quand ils me racontent la vie d’avant les films en noir et blanc.
Écoute, il y a l’épine qui remonte là
sous ton pied.
De la source un geyser de sang qui s’écoule,
son encre se disperse,
éclabousse tout sur son passage.
Le jean est taché de noir.
Le bout des doigts aussi.
Le poison remonte le long de la jambe,
le rythme cardiaque augmente.
Ni les larmes ni les cris ne parviennent à contre carrer sa chimie.
Le corps chauffe.
Le souffle toujours à récupérer, saccadé.
Et puis les ailes métalliques qui arrachent la peau dans le dos.
Le sang s’y est déjà imprégné mais elles se débattent,
s’étirent le long du dos courbé de spasmes.
Le regard noirci parvient à peine à distinguer le loin.
Et cette épine qui bloque le pied qui ne cesse de grandir,
s’alimenter en toi.
il n’y avais plus de place sur les murs pour les mots, alors nous les avons avalés.
J’ai vu des mains jointes, tendues
se rassembler en amas puis en plumes puis ailes.
Des mains de fer, d’eau, de sang et d’encre
les tiennes puis les miennes.
Il y a elle et lui et les autres.
je reconnais les rides,
les cicatrices,
les ongles teintés, le henné au bout des doigts.
La marque que laisse mon visage au creux de tes mains,
comme les mains jointes d’une dou’a.
Il y a la main sur le cœur pour les aimés.
La main qui ne veut pas lâcher l’autre.
Celle qui n’a jamais bougé.
Celle qui a touché toutes les vies.
Celle qui n’en n’a connu qu’une, courte et volée.
Elles sont toute réunies en plumes se faisant ailes dans ton dos.
Elles te disent :
Laisse toute l’encre s’écouler dans la terre.
Laisse le ciel remonter le corps creusé.
Laisse.
Il fait bien trop lourd ici pour les anges de la nuit.
