Hugo Hopping

A Sugar Diet for Mystics, une proposition de Céline Kopp et Etienne Bernard

20 mars - 8 mai 2010


La Galerie Anne Barrault a le plaisir de présenter la première exposition personnelle en France de l’artiste californien Hugo Hopping. A Sugar Diet for Mystics consiste en une série de dessins, deux vidéos et une installation, spécialement créés pour l’occasion et mettant en jeu les notions de désir, de résignation, et de combat communs à l’engagement intellectuel, politique et amoureux.

Le travail de Hugo Hopping se situe dans une tradition propre à la scène artistique de Los Angeles et sur les traces d’artistes comme Allan Sekula, Sam Durant ou encore Raymond Pettibon pour qui le langage, la culture populaire, et la mise en place de réseaux de productions alternatifs permettent une mise en lumière des conditions sociales et politiques contemporaines. Utilisant la sculpture, le dessin, l’installation, la vidéo et la performance, Hugo Hopping explore la tension produite par l’introduction de nouveaux récits au sein de systèmes de pensée préétablis. Au cours de ces dernières années, il a privilégié l’approche collaborative comme une pratique conceptuelle lui permettant de déconstruire de l’intérieur les formats institutionnels de production et de diffusion de sens et d’images. Il s’est notamment associé à Mario Garcia Torres et Nate Harrison en 2004 pour fonder ‘ESL’ : Esthetics as a second language’, un projet déplaçant la notion d’institution vers la subjectivité de l’artiste lui même et invitant à réfléchir sur la possibilité d’inscrire le politique au sein d’une pratique esthétique. Hugo Hopping fait partie de la génération actuelle d’artistes californiens issus de l’immigration latino-américaine pour qui la question de l’identité et du politique n’est plus traitée de façon essentiellement militante mais reste néanmoins la toile de fond culturelle sur laquelle se bâtit une pratique post conceptuelle (de même que Ruben Ochoa, Mario Ybarra Jr, ou encore Juan Capistran).

Dans A Sugar Diet for Mystics, la dimension politique est plus que jamais prise dans un réseau complexe d’associations d’idées mettant en parallèle expatriation, déplacements physiques, résignation intellectuelle, attraction et stratégie. Avec cette exposition, Hugo Hopping introduit pour la première fois la question de la subjectivité dans sa démarche conceptuelle jusqu’alors volontairement méthodique et rationnelle. Si l’on pense au temps passé à se penser soi-même, à négocier nos sentiments et notre étique personnelle ou professionnelle, pourquoi ne pas inclure cette activité dans le champ de l’art conceptuel ? Quelles géométries et abstractions se dégagent de la constante négociation de nos désirs et de nos craintes ?

Le titre, A Sugar Diet for Mystics  rappelle la fameuse idée de Sol Lewitt selon laquelle les artistes conceptuels sont d’avantage mystiques que rationalistes. Hugo Hopping, quant à lui, pose la question d’un art conceptuel qui se jouerait comme une chanson pop imbibée de sentiments acidulés ou comme une partie d’échec mettant en scène séduction et pouvoir et acceptant l’idée de pulsion dans le protocole même de la réflexion conceptuelle. La série d’œuvres présentée à la galerie Anne Barault prend pour point de départ les conversations récentes de l’artiste avec Eve Babitz, photographiée nue jouant aux échecs avec Marcel Duchamp lors de sa rétrospective au musée de Pasadena en 1963. L’image, aujourd’hui associée de façon iconique au travail de Marcel Duchamp contient une histoire faite de rivalités, de désirs de reconnaissance et de vengeance amoureuse. Il ne s’agit pas du travail de Marcel Duchamp mais de celui d’un photographe hollywoodien mettant en scène les intentions cachées de Eve Babitz vis à vis de son amant, le curateur de la rétrospective de Pasadena. De la même manière, si les œuvres de Hugo Hopping reprennent la simplicité esthétique des avant gardes conceptuelles, la forme n’est plus le reflet d’un contenu également réduit. Les œuvres agissent comme des chevaux de Troie, dont le contenu dramatique est prêt à se dévoiler.


Hugo Hopping est né en 1974 à Mexico City, il vit et travaille à Los Angeles et Copenhague. Il est actuellement consultant pour le Théâtre National de Copenhague sur le sujet des politiques identitaires. Il vient d’effectuer une résidence à l’Université de Californie à Santa Barbara dans le département de ‘Black Studies’. Récemment, son travail a été inclus dans les expositions « Post-American L.A., »au 18th Street Arts Center de Santa Monica (2009), “On the Shoulders of Davids,” à Jaus (2009), “LA – A Select Survey of Art from Los Angeles” au Center for Contemporary Art Sacramento (2008) et “Rainer Ganahl, Mario Garcia Torres, Hugo Hopping, John Menick” à la galerie Sandroni Rey à Los Angeles (2007).

Céline Kopp