Jochen Gerner

Buffon & Carson

3 juin - 17 juillet 2021

Ils se succèdent l’un après l’autre
comme s’il s’agissait d’un défilé de mode,
comme si la nature elle-même voulait démontrer
sa supériorité face à n’importe quel couturier.

Emanuele Coccia

Jochen Gerner
Eurystome d’Asie , 2020
feutre sur support imprimé
17,2 x 13,2 cm / 32 x 28,5 cm avec cadre

Un jour de neige au cœur de l’hiver, Jochen Gerner a dessiné son premier oiseau.
Ce n’était pas réellement le premier, car il avait auparavant déjà réalisé une série d’oiseaux observés par la fenêtre de son atelier. Mais ce dessin était différent des autres car il était en couleur. Jochen Gerner s’est alors intéressé aux plumages de ces volatiles, le meilleur des sujets pour jouer avec sa gamme chromatique.
Pendant deux années, il a dessiné 200 oiseaux réels ou inventés, certains anthropomorphiques, d’autres ressemblant à des pictogrammes égyptiens.

Gana Da Machado (1775-1861), un philosophe voyageur, examinait chaque jour de nombreuses espèces d’oiseaux qu’il adorait, et auxquels il apportait tous les soins. Il ne vivait que pour écouter leur chant et admirer leur grâce fugitive.
De ses observations, il élabora sa « théorie des couleurs », en se basant sur l’identité du plumage et de ses nuances, qui selon lui pouvait induire des caractères précis.
Il était persuadé que ce qui importait le plus était leurs couleurs et leur forme.
Il en était venu à penser que les oiseaux possédaient une âme, et il leur attribuait une prééminence morale sur l’humanité.

Avec cette série, Jochen Gerner rend hommage à Rachel Carson, une biologiste américaine, qui dénonça les effets des pesticides sur l’environnement, et plus particulièrement sur les oiseaux, dans son livre « Silent Spring » (Printemps silencieux), publié en 1962. Grâce à ses écrits, la population américaine prit conscience des dommages créés par la pollution, et vit la naissance de l’Environmental Protection Agency.

Sur les murs de la galerie, ces oiseaux dialogueront avec les œuvres de la série « Buffon illustré », dans laquelle, Jochen Gerner a masqué à l’encre de chine les animaux représentés dans les pages d’un livre, édité dans les années 1920 qui fait référence aux écrits du Comte de Buffon (1707-1788). Ces silhouettes noires deviennent abstraites et ambiguës, et forment une marche funèbre fantôme.

Le visiteur découvrira également 7 dessins à l’encre noire réalisés dans le parc Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville, où Jochen Gerner séjourna en 2018.

Ce jardin pittoresque, caractéristique du XVIIIe, siècle des Lumières, souhaitait donner une nouvelle idée de la nature. Il donna naissance à l’art paysager, dessiné comme un tableau à composer avec la présence de constructions artificielles, telles que l’emblématique Temple de la Philosophie moderne, l’Île des Peupliers, ou la grotte des Naïades.

Un livre rassemble les 200 dessins d’oiseaux de Jochen Gerner, avec un texte d’ Emanuele Coccia, publié aux éditions B42.

vue d’exposition, galerie anne barrault, juin 2021
(photographie Aurélien Mole)

Jochen Gerner
Merle violet de Juida , 2020
feutre sur support imprimé
17,2 x 13,2 cm / 32 x 28,5 cm avec cadre

Jochen Gerner
Black republic pic , 2020
feutre sur support imprimé
17,2 x 13,2 cm / 32 x 28,5 cm avec cadre

 


Jochen Gerner
Vivarium (1), 2019
stylos bille (rouge +bleu) sur support imprimé
14,9 x 10,3 cm / 28 x 23,5 cm (avec cadre)

Jochen Gerner
Vivarium (2), 2019
stylos bille (rouge +bleu) sur support imprimé
14,9 x 10,3 cm / 28 x 23,5 cm (avec cadre)

Jochen Gerner
Le mouton, 2020
encre de Chine sur support imprimé
31,1 x 23,5  cm