EVA AEPPLI – DOROTHY IANNONE – LA RIBOT – ROLAND TOPOR – ROBERT FILLIOU – LADJI DIABY – STÉPHANIE SAADÉ – BARBARA RÄDERSCHEIDT – JULIE DOUCET – FATMA CHEFFI – LIV SCHULMAN – CÉCILE PARIS – SARAH BENSLIMANE – PAVEL SCHMIDT
Une exposition qui tente de parler de toutes les vies de Daniel Spoerri. Rien de scientifique, mais plutôt instinctif, ou peut-être un simple alibi pour inviter des artistes.
D’abord le titre, une citation de Daniel Spoerri, l’amitié comme une base, un socle.
C’est de cette manière que nous avons rencontré Daniel, grâce à Alexandre Devaux qui avait présenté une exposition avec ses œuvres, celles de Morellet et Topor. Cette exposition a été inaugurée en 2016, dans un lieu que Daniel Spoerri avait ouvert en 2009 à Hadersdorf, à côté de Vienne en Autriche.
C’est parce que son ami Roland Topor nous a amenés à Daniel Spoerri, que l’un de ses dessins intitulé “Channel N°5” figure dans cette exposition. Un homme, dont le visage est entouré d’une cordelette, façon paupiette de veau, l’oblige à avoir le nez dans un excrément.
Chez Spoerri, la nourriture, la digestion, les intestins, les abats, les déjections sont des éléments que l’on retrouve dans ses livres de recettes dans lesquels il invite ses amis à collaborer, mais aussi dans son film « Résurrection » (1969, tourné par Tony Morgan).
Les actes fondamentaux de manger et boire ont constitué dès le début les bases des tableaux-pièges, qui étaient très souvent des tables où l’on avait mangé. Si les résultats étaient un art, pourquoi l’acte même de manger ne devait-il pas être une action artistique ? Le fait de manger est une forme d’investigation du monde et de soi-même, la forme de communication la plus sociale et l’une des plus intimes, la fête la plus primitive, avec la danse. (1)
Ces différents repas avaient lieu lors de ses expositions ou dans son restaurant à Düsseldorf, ouvert de 1968 à 1982.
Il y a 4 ans, Cécile Paris a créé le Pan Café sur l’île St Denis. Des artistes y côtoient des voisins et des étudiants. Chacun.e vient boire un café, écouter et partager. Cécile est une artiste, une patronne de café et une enseignante. Daniel Spoerri a également enseigné pendant 12 ans.
L’histoire commence en 1977, lorsqu’il reçoit un coup de fil de Karl Marx. Il s’agit du directeur de l’école des Beaux-Arts de Cologne qui lui offre le poste de professeur « Multi-média ».
Ici Cécile exposera une partie de sa collection de verres, et organisera en mars un repas au Pan café pensé comme une performance qui s’intitulera Renverser le plateau.
(1) extrait du texte de Jean-Paul Ameline publié dans le catalogue Daniel Spoerri, 1990

Roland Topor
Chanel n°5, 1976
encre noire et crayon de couleur sur vélin
47 x 27,5 cm

Cécile Paris, le Pan café sur l’île de St Denis
______________
Fatma Cheffi présentera un collier inspiré des bijoux préhistoriques et des symboles en Afrique de l’Ouest. Le symbole, également appelé « signal », était un objet honteux que l’on accrochait au cou des élèves surpris en train de parler une autre langue que le français dans les écoles coloniales. Un élève pris en flagrant délit de transgression linguistique ne pouvait s’en débarrasser qu’en dénonçant un camarade qui avait également parlé sa langue maternelle.
Cette œuvre tisse un lien avec Daniel Spoerri qui a toujours expliqué qu’enfant il ne parlait pas la bonne langue et n’avait pas la bonne religion. Il étudiait dans une école allemande dont il fut exclu à cause de l’origine juive de son père, puis dans une école roumaine qu’il dut quitter pour la même raison.
“Porter un nom juif en étant non pas juif mais luthérien, dans une région qui était par ailleurs catholique orthodoxe. Avoir un père juif qui ne veut plus l’être mais se fait tuer comme un juif . Grandir en Roumanie en parlant allemand et en étant élevé par une mère roumaine suissesse d’origine.” (2)
(2) extrait du texte de Jean-Paul Ameline publié dans le catalogue Daniel Spoerri, 1990

Fatma Cheffi
Symbol, 2024
Os de poulet, dent de sagesse de l’artiste
______________
Cette exposition sera aussi l’occasion de voir The Story of Bern, un livre de Dorothy Iannone dans lequel elle raconte la censure qu’elle a subie lors de l’exposition Friends qui s’est tenue à la Kunsthalle de Berne sous la direction de Harald Szeemann au printemps 1969.
Dieter Roth, Daniel Spoerri, André Thomkins et Karl Gerstner, quatre vieux amis, avaient décidé d’inviter chacun un.e ami.e à participer. Mais l’œuvre de Dorothy Iannone a été retirée le matin du vernissage et, en signe de protestation, Dieter Roth a retiré le lendemain l’intégralité de sa contribution à l’exposition.


Dorothy Iannone
The Story of Bern, 1970
courtesy Air de Paris
______________
“Filliou est mon grand frère, mais moi je suis sa mère” a souvent déclaré Daniel Spoerri.
Tous les trois : Filliou, Topor et Spoerri ont réalisé un ensemble de 22 cartes postales intitulé “Monsters are Inoffensive “ (Fluxus édition 1967), qui viendront ponctuer l’accrochage des œuvres.


_________________
Daniel Spoerri a débuté comme danseur au Théâtre de Berne. Il sera premier danseur de 1954 à 1957, avant de se consacrer au théâtre et à la poésie.
C’était l’alibi parfait pour inviter la célèbre danseuse et chorégraphe La Ribot à présenter sa vidéo « Another pa amp tomàquet », où elle rejoue la scène de l’écoulement sous la douche de “Psychose”. Mais ici Hitchock est détrôné ; c’est Janet Leight qui dirige et qui découpe.
Voici une des instructions de La Ribot pour réaliser la performance : “soyez généreux – il s’agit là de cuisine catalane et non de cuisine-minceur !”

La Ribot
Another pa amp tomàquet, 2002
vidéo, 12’
Ed.12/25
courtesy La Ribot
_________________
Ladji Diaby est le plus jeune des artistes de cette exposition. Il est né en 2000 et vient d’être diplômé des Beaux-Arts de Paris.
Il compose ses œuvres avec des objets trouvés, qu’il vient ensuite assembler. Son travail explore la manière de construire son propre espace symbolique face aux récits qui s’imposent à lui.
Ici il présentera une œuvre intitulée “The Wonder of You”, une table basse, sur laquelle seront posés différents objets, dont certains difficiles à identifier. À la différence des “tableaux-pièges” ou “détrompe-l’œil” de Daniel Spoerri toujours accrochés au mur, Ladji Diaby présentera son œuvre au sol.

Ladji Diaby
The Wonder of You, 2025 (détail)
technique mixte
96,4 cm de diamètre
________________
Lors d’un entretien mené par Deborah Laks en 2012, où elle interroge Daniel Spoerri sur la présence de la mort dans son travail. (Idée qui avait été mise en avant par Alain Jouffroy lors de sa première exposition, mais totalement réfuté par Daniel lui même). Il lui répond :
“Aujourd’hui je serais d’accord avec Jouffroy, cinquante ans après, je lui donnerais raison. Mais à l’époque j’étais furieusement contre. Je plaçais les Tableaux-Pièges dans l’histoire du mouvement, plus tard je les ai placés dans l’histoire du trompe-l’œil et encore plus tard du côté littéraire où l’on peut déduire une histoire, un aspect historique et narratif.”
Liv Schulman a assemblé cette sculpture cendrier à base de jambon, balle de tennis et baguette, lors de la réalisation d’un de ses films intitulé “Brown, Yellow White and Dead”.
Selon l’artiste : “cette pièce a été réalisée à partir de restes et d’excédents qui essayent de s’organiser comme une sorte de trophée ou d’arche triomphale des choses mineures ou ignobles.”

Liv Schulman
sans titre, 2023
balles de tennis, bois, baguette, cigarettes, jambon, résine
71 x 32 x 25 cm
________________
A la lecture des biographies sur Daniel Spoerri, un nom revient souvent : Jean Tinguely. Ils se sont rencontrés dès 1950, d’abord à Bâle puis à Paris. Cette rencontre a pu se faire grâce à Eva Aeppli, qu’il a connue en premier. Tous les deux sont restés liés toute leur vie.
Six sculptures d’Eva Aeppli sont visibles dans Il Giardino, en Toscane. Ce jardin de 16 hectares que Daniel Spoerri a ouvert en 1997 où est rassemblée une centaine d’œuvres de cinquante artistes.

Eva Aeppli
Sans titre
soie, coton et kapok
2 x 48 x 15 cm
courtesy (sans titre)
________________
Barbara Räderscheidt a rencontré Daniel Spoerri en 1978, lorsqu’il enseignait à l’École supérieure des arts et de design de Cologne.
En 1997 débute une collaboration étroite entre eux, c’est ainsi que Barbara accompagne la plupart des projets de Spoerri : elle a été présidente de la Fondation “Il Giardino di Daniel Spoerri“, et depuis 2010, elle est la directrice du musée ”Ausstellungshaus Spoerri“ à Hadersdorf am Kamp, près de Vienne en Autriche. Parallèlement elle poursuit son travail d’artiste.

Barbara Räderscheidt
„Analogies“/ „Equations“
volant et robe poupée
19 x 27 x 6 cm
_______________
En 1957, apparaît Material, revue de poésie concrète dont Daniel Spoerri est l’éditeur en collaboration avec Claus Bremer. Un extrait du programme de la revue est annoncé comme suit :…
”l’auteur de ces textes cherche à éviter que son état d’âme soit transmis au lecteur, en effet, l’auteur sait que son humeur n’a qu’un lien relatif, c’est-à-dire en perspective avec le lecteur.”…
Cette revue est son premier projet collectif où Daniel Spoerri invite poètes et artistes. Suivront ensuite MAT : Multiplication d’Art Transformable. Les artistes invités lui confient un modèle qui lui permet de réaliser les multiples, qui sont ensuite toutes vendues à un prix unique.
C’est ici l’occasion d’inviter Julie Doucet, autrice célèbre de bande-dessinée, qui réalise depuis une vingtaine d’année des collages qui deviennent poèmes.

Julie Doucet
Sans titre, 2024
collage
17,5 cm x 15,5 cm
_______________
Le jour de la mort de Daniel Spoerri, Stéphanie Saadé réalise un calligramme dans lequel elle trace son prénom sur une feuille de carton, puis le reproduit sur une feuille de calque. Cette dernière est ensuite retournée et placée au verso, de sorte que les deux feuilles se superposent. Ce dispositif suggère un geste de retournement, que l’on pourrait rapprocher du Déjeuner sous l’herbe. La répétition et la superposition du prénom Daniel (« debout » et « couché ») engendrent alors une forme nouvelle.

Stéphanie Saadé
Daniel, 2025
encre permanente sur papier et calque
31, 7 x 44 cm
_______________
Cette œuvre de Sarah Benslimane combine différents miroirs trouvés et achetés. Cette jeune artiste d’origine française, suisse, algérienne interroge le statut de l’œuvre et s’amuse.
“La panthère des neiges” nous rappelle les nombreuses collections que Daniel Spoerri a rassemblées au fil de sa vie : canes, lunettes, ustensiles de cuisine…. mais aussi l’utilisation de miroir dans ses œuvres intitulées les multiplicateurs d’art.

Sarah Benslimane
La panthère des neiges, 2025
media mixte
210 x 334 x 7 cm
courtesy galeria Madragoa & galerie Francesca Pia
____________________________________
Biographie des artistes
DANIEL SPOERRI
Daniel Spoerri est né en 1930 à Galati en Roumanie et mort en 2024 à Vienne en Autriche. Il perd son père lors du pogrom de Iasi en 1941 et se réfugie en Suisse avec sa famille en 1942. Il débute comme danseur en 1954 et devient premier danseur de l’Opéra de Berne, avant de travailler comme assistant metteur en scène au Landestheater de Darmstadt, où il crée la revue d’avant-garde « MATERIAL ». À la fin des années 1950, il réalise ses premiers tableaux-pièges, qu’il théorisera plus tard dans Une Topographie anecdotée du Hasard. Installé à Paris dès 1960, il fonde les éditions MAT et publie des multiples d’artistes tels que Duchamp, Soto, Tinguely, Vasarely ou Agam. Proche d’Yves Klein et de Jean Tinguely, il signe la déclaration du Nouveau Réalisme. Ami de Robert Filliou, il se rapproche également de George Brecht et George Maciunas, figures majeures de Fluxus. Spoerri transforme ensuite la galerie J. en restaurant et élève les tables de repas au rang d’œuvres. Il ouvre à Düsseldorf un restaurant et la Eat-Art Gallery, où il expose notamment Joseph Beuys, Niki de Saint Phalle, Morellet ou Topor. Dans son travail plus récent, il exploite la puissance évocatrice de l’objet trouvé : crânes d’animaux, prothèses, outils ou ustensiles deviennent les éléments d’un art primitif inventé, jouant avec les croyances et les codes artistiques. C’est dans cette logique qu’il crée « Les Corps en morceaux » au château d’Oiron en 1993. En 1997, il fonde en Toscane un parc de sculptures devenu un lieu majeur de son œuvre.
LIV SCHULMAN
Liv Schulman est née en 1985 en Argentine. Elle vit et travaille entre Buenos Aires et Paris. Après des études à l’École nationale supérieure d’arts de Cergy, elle a été formée à la Goldsmiths University of London au Royaume-Uni et au post-diplôme des Beaux-Arts de Lyon. Son travail a été présenté au Centre Pompidou, au CRAC Alsace, à la Fondation Ricard, à la Biennale de Rennes, à la Galerie, Centre d’art contemporain à Noisy-le-Sec, et à l’international au Bemis Center For Contemporary Arts aux Etats-Unis, au SixtyEight Art Institute à Copenhague, au Musée Reina Sofía à Madrid, et à Secession à Vienne, notamment. Le travail de Liv Schulman comprend des fictions documentaires, des séries télévisées, des lectures performatives et des textes romanesques, tous caractérisés par une utilisation approfondie du langage. Ces différentes formes de discours servent d’outils pour une interprétation du monde social, explorant le rôle complexe de la subjectivité dans la sphère politique.
EVA AEPPLI
Eva Aeppli, née en 1925 à Zofingen (Suisse) et morte en 2015 à Honfleur en France. Elle a grandi à Bâle où elle a suivi l’enseignement anthroposophique de l’école Rudolf Steiner. La Seconde Guerre mondiale l’a profondément marquée, influencée par l’inquiétude de son père face à l’avancée nazie. Elle a étudié à l’École des Arts et Métiers de Bâle entre 1943 et 1945. Au début des années 1950, elle rencontre Jean Tinguely et Daniel Spoerri, part vivre à Paris et devient la première épouse de Tinguely, tout en restant proche de Niki de Saint Phalle. Bien qu’entourée des Nouveaux Réalistes, elle forge un langage artistique singulier. Installée à l’Impasse Ronsin, voisine de l’atelier de Brâncuși, elle crée d’abord des dessins au fusain et des images tricotées. Dans les années 1960, elle peint de grandes toiles inspirées des danses macabres. Dans les années 1970, elle se tourne vers l’astrologie et réalise des têtes en tissu, qu’elle fera couler en bronze dans les années 1990. Repliée du monde en fin de vie, elle se consacre à son univers intérieur. Ses œuvres se trouvent aujourd’hui dans de nombreux musées et collections privées. En 2022, le Centre Pompidou-Metz lui consacre sa première exposition monographique en France.
ROLAND TOPOR
Roland Topor, né en 1938 et mort en 1997 à Paris, est un artiste français aux talents multiples : dessinateur, écrivain, illustrateur, scénariste et acteur. Publié dans la presse française et internationale, il a illustré plus de cent auteurs, créé décors et costumes pour le théâtre et l’opéra, écrit romans, nouvelles et scénarios, et réalisé des films d’animation dont La Planète sauvage. Cofondateur du mouvement Panique, il a été lié à Cobra, à l’Internationale situationniste et à Fluxus. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections majeures, et plusieurs expositions posthumes lui ont été consacrées, notamment à la Maison européenne de la photographie (1999), au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg (2004), à la Bibliothèque nationale de France (2017), au Folkwang Museum d’Essen (2018) ou encore au Consortium Museum de Dijon (2022).
DOROTHY IANNONE
Dorothy Iannone est née en 1933 à Boston et morte en 2022 à Berlin. Artiste peintre, sculptrice et dessinatrice, elle est connue pour son œuvre foisonnante, figurative et profondément marquée par l’érotisme et la liberté individuelle. Après des études de droit et de littérature, elle s’installe à New York en 1958 et se fait remarquer en 1961 en remportant un procès contre la censure autour du Tropique du Cancer de Henry Miller. Ses premières créations, influencées par l’expressionnisme abstrait, évoluent rapidement vers un style iconique mêlant pop art, art brut et motifs empruntés à diverses cultures. Dès les années 1960, elle développe un univers visuel narratif, ornemental et explicitement sexuel, comme dans Peoples (1966-1967) ou le (Ta)Rot Pack (1968-1969), confronté à la censure à la Kunsthalle de Berne. Ses voyages et sa relation avec l’artiste Dieter Roth (1967-1974) jouent un rôle majeur dans son œuvre. Proche du mouvement Fluxus, elle explore de nombreux supports. À partir des années 2000, elle représente des couples mythiques du cinéma, élargissant son champ thématique. Longtemps méconnue, Iannone accède finalement à une reconnaissance internationale significative. Son travail est représenté par la galerie Air de Paris.
LA RIBOT
Née à Madrid en 1962 et basée à Genève, La Ribot développe une œuvre qui croise danse, performance et arts visuels, explorant le corps comme matériau critique et questionnant les codes de la scène et du regard. Son travail, à la fois expérimental et poétique, mêle humour, abstraction et engagement politique, renouvelant les formes chorégraphiques et impliquant le spectateur dans une expérience active. Lauréate du Lion d’or de la Biennale de Venise 2020, du Grand Prix suisse de danse 2019 et du Premio en Artes Plásticas de la Comunidad de Madrid 2018, elle présente ses pièces, performances et installations dans des institutions majeures telles que le Centre Pompidou et le Théâtre de la Ville à Paris, la Tate Modern à Londres, le Musée Reina Sofia à Madrid, la Triennale d’Aïchi au Japon, le musée Serralves à Porto ou Art Unlimited – Art Basel. Ses œuvres font également partie de nombreuses collections publiques et privées, dont le Centre Pompidou, le CNAP, le MUSAC ou La Casa Encendida à Madrid.
JULIE DOUCET
Née en 1965 au Québec, elle vit à Montréal. Julie Doucet est l’une des femmes les plus influentes de la bande dessinée indépendante américaine. Autrice culte, elle poursuit une oeuvre autobiographique depuis 1988 et la parution de son premier fanzine Dirty Plotte, récit graphique de la vie, des rêves et des angoisses de l’artiste. En 1990, Chris Oliveros, le fondateur de Drawn and Quarterly, publie Dirty Plotte. C’est le point de départ d’une reconnaissance importante pour Julie Doucet, qui est alors admirée par des auteurs tels que Robert Crumb ou Art Spiegelman. À partir de la même année, son travail est publié en France par L’Association, et en 1991, elle reçoit le prix Harvey best new talent. En 2022, Julie Doucet reçoit le grand prix du festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Et son nouveau livre, Suicide Total, vient d’être publié aux éditions L’Association, cette année. Sa première exposition personnelle Art Scrap Craft qui ouvre à la galerie, arrive à un moment charnière dans la carrière de l’artiste, avant l’ouverture en 2024 d’une exposition personnelle au Musée Tomi Ungerer à Strasbourg, et avant l’exposition Bande dessinée. 1964-2024 au Centre Pompidou à laquelle elle participe.
FATMA CHEFFI
Fatma Cheffi est née en 1987 à Tunis (Tunisie) et vit à Paris. Elle est une curatrice indépendante, artiste et autrice basée en région parisienne. Elle a suivi des études d’histoire de l’art à la Sorbonne Paris IV avant d’entreprendre un master en commissariat et critique d’art à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Son travail prend forme dans l’écriture et se déploie à travers l’installation, la performance et les ateliers d’écriture. Ses recherches et projets s’intéressent aux intersections de l’art contemporain et de la littérature, aux politiques et imaginaires linguistiques en contexte postcolonial et au renouvellement de la langue dans le rap. En 2024 elle a été la commissaire de Triple S une exposition qui explorent l’argot, les jargons et plus largement les pratiques linguistiques non conventionnelles, souvent qualifiées de “bâtardes” dans le cadre du programme Bastardie de KADIST.
STÉPHANIE SAADÉ
Née au Liban en 1983, Stéphanie Saadé vit et travaille entre Paris et Beyrouth. Son travail développe un langage poétique de la suggestion, utilisant traces, signes et indices silencieux qui invitent le spectateur à décrypter histoires personnelles et mémoires collectives. Elle a été artiste en résidence à la Jan van Eyck Academie de Maastricht, à la Cité Internationale des Arts de Paris et, en 2023, au Centre Pompidou, où les œuvres produites ont été acquises pour la collection permanente. Ses expositions personnelles incluent le Centre Pasquart à Bienne, le Parc Saint Léger et le Musée Van Loon à Amsterdam, et son travail a également été présenté dans de nombreuses institutions et biennales internationales, comme la Biennale d’Istanbul récemment. Ses œuvres font partie de collections majeures telles que le Centre Pompidou, le CNAP, le FRAC Franche-Comté, le MAXXI Rome et la Barjeel Art Foundation, Sharjah.
LADJI DIABY
Ladji Diaby est né en 2000 en Seine-Saint-Denis. Il vit et travaille à Paris. Son travail explore la manière de construire son propre espace symbolique face aux récits qui s’imposent à lui. Un stage à Dakar marque un tournant : il y confirme une orientation artistique déjà présente en arrière-plan depuis longtemps. Issu d’une famille malienne installée en banlieue, il observe l’aliénation qui touche les siens et cherche, par sa pratique, à en déconstruire les logiques. Diaby développe un univers post-occidental, nourri d’introspection et de souvenirs. Ses installations et sculptures, souvent sans titre, fonctionnent comme des objets porteurs de fragments d’histoire et de pistes narratives. Dans ses expositions, ces éléments s’articulent en dispositifs immersifs, parfois accompagnés de projections, qui dessinent une cosmogonie personnelle, un récit alternatif mêlant origines, identités et nouvelles mythologies. En 2024, il participe à une exposition à la Galerie Crèvecoeur. Il présente ensuite sa première exposition personnelle, No One Has Ever Called Their Child Hunger, au Kunstverein Nürnberg. Son travail est actuellement présenté à l’école des Beaux-Arts de Paris, à l’occasion de Felicità 2025. En 2026, Ladji Diaby présentera une exposition personnelle à Lafayette Anticipations.
BARBARA RADERSCHEIT
Barbara Räderscheit est née en 1959 à Cologne en Allemagne. Elle grandit dans une famille où l’art faisait partie du quotidien. Sa grand-mère, Martha Hegemann, son grand-père Anton Räderscheidt et son père Karl Anton Räderscheidt étaient peintres, sa grand-tante peignait et ses frères et sœurs étaient également impliqués dans les arts. Travailler dans le domaine artistique est donc une évidence pour l’artiste qui se concentre principalement sur le travail avec des objets. Collègue et amie de longue date de Daniel Spoerri, il l’a invité en 2024 à exposer son travail à Hadersdorf (Autriche). Tous deux partagent non seulement un vif intérêt pour les objets que l’on trouve dans les greniers, les marchés aux puces ou, dans le cas de Räderscheidt, dans la rue. Ils ont également en commun l’importance qu’ils accordent à l’amitié avec d’autres artistes.
CÉCILE PARIS
Cécile Paris est née en 1970 à Nancy et vit sur l’île -Saint-Denis. Elle s’attache aux potentiels fictionnels de l’image et du son et fabrique des œuvres construites dans l’intervalle heureux entre récit d’expérience et poésie. Auteur du label Code de nuit ©, un projet communautaire qui réunit musiciens, danseurs et chorégraphes, elle collabore souvent avec d’autres artistes . Depuis 5 ans, elle travaille avec la même bande qu’elle aime rassembler pour sa production de film vidéo. Ces films permettent de concentrer textes qu’elle écrit, voix off qu’elle interprète et séquences filmées. Dans ce jeu combinatoire relevant souvent de l’apparition puis de la disparition, elle travaille aussi à des formes de lectures et à la réalisation d’enregistrement de celles-ci en musique. Cécile Paris expose son travail depuis 2000 et certaines de ses pièces font parties de collections publiques : Frac Poitou Charente, Frac Nouvelle Aquitaine, Mac Val Musée d’Art Contemporain de Vitry sur Seine, Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, Centre National des Arts Plastiques. Elle est enseignante à l’école des Beaux-Arts de Nantes, Saint-Nazaire.
SARAH BENSLIMANE
Sarah Benslimane est née en 1997 en France. Elle vit et travaille à Genève. Son travail s’inscrit dans une génération d’artistes dont le quotidien est profondément marqué par l’omniprésence d’Internet. Ses oeuvres reflètent l’afflux constant d’informations, de récits, d’images et de références stylistiques immédiatement accessibles. Ses peintures, proches de la sculpture, déjouent nos repères et proposent un assemblage foisonnant d’indices visuels qui s’étend sans cesse. Comme les structures binaires composées de suites infinies de 0 et de 1, l’ordre géométrique qu’elles semblent promettre reste insaisissable. En mobilisant à la fois la rigueur du Minimalisme et l’ironie propre au mouvement Néo-Géo, les œuvres de Sarah Benslimane renversent les clichés liés à la vulgarité, à la douceur, au féminin ou à l’instant présent. Elles donnent naissance à un espace matériel où se mêlent sans contradiction naïveté, rudesse, humour et gravité. Son travail est représenté par la galerie Madragoa à Lisbonne et Francesca Pia à Zurich.
ROBERT FILLIOU
Robert Filliou est né en 1926 à Sauve (Gard). Engagé très tôt, il rejoint la Résistance à 17 ans. Après la guerre, il part aux États-Unis, travaille pour Coca-Cola puis étudie l’économie à l’Université de Californie à Los Angeles. Au début des années 1950, il participe à la reconstruction de la Corée pour une agence de l’ONU, avant de voyager longuement et de s’installer à Copenhague en 1957, où il épouse Marianne Staffeldt. À partir de 1959, ses rencontres avec Daniel Spoerri puis Emmett Williams l’orientent vers l’avant-garde artistique. Filliou développe alors une œuvre inventive : poèmes- objets envoyés par la poste, « Suspens Poems », « Principe d’économie poétique », « Galerie légitime » dans les rues de Paris, ou encore le « Poïpoïdrome ». De 1965 à 1968, il fonde avec George Brecht La Cédille qui sourit, un lieu expérimental à Villefranche-sur-Mer. Bien que sa présence dans Fluxus soit modeste, il en incarne l’esprit à travers des idées comme l’Autrisme ou le « Principe d’équivalence », résumées dans sa manière de penser l’art : rendre la vie plus intéressante que l’art.
MILLE MERCI À
Alexandre Devaux, Déborah Laks, Florence Bonnefous (Air de Paris), Marie Madec (sans titre), Beatriz Silva (Madradoa), Gilles Drouot, Sandra Recio (La Ribot), Chiara Parisi, Nicolas Topor et bien sûr aux artistes pour leur confiance : Fatma Cheffi, Ladji Diaby, Stéphanie Saadé, Julie Doucet, Barbara Räderscheidt, Liv Schulman, Cécile Paris, La Ribot, Sarah Benslimane.
