Ramuntcho Matta

9 décembre - 29 janvier 2022


la sortie du tunnel

il arrive parfois

même plusieurs fois

que l’on mettent une énergie considérable à se fabriquer des tunnels, comme l’évoque Rejane Ereau dans « l’ascension horizontale » , chacun se trouve les tunnels de réalités dont il a besoin afin de s’en libérer.

Par sa pratique quotidienne du dessin du jour, Ramuntcho Matta s’entraine dans un espace où le dessin invite le texte afin de construire un espace mental où la magie du rythme des phrases déclenche un temps particulier.

Car c’est de cela aussi qu’il s’agit : afin d’éviter l’accélération inhérente à l’utilisation des réseaux sociaux, Ramuntcho Matta propose une ralentie.

 

Tout peut arriver, naître, germer…

Dans son Histoire chuchotée de l’art (long poème sonore en douze strophes

enregistré pour la première fois à Copenhague en 1963), Robert Filliou utilise

l’expression de « création permanente » pour désigner toutes les formes que prend

l’inventivité humaine, qu’elle donne lieu à une réalisation ou reste à l’état d’idée.

Aucune date connue, aucun nom célèbre dans cette Histoire. « Quoi que tu penses,

pense autre chose. Quoi que tu fasses, fais autre chose. Le secret absolu de la création

permanente : ne désire rien, ne décide rien, ne choisis rien, sois conscient de toi-même,

reste éveillé, calmement assis et ne fais rien. » Il y a quelque chose de très zen

dans cette aptitude à ne plus concevoir l’art comme la production d’oeuvres à un

rythme soutenu dans le confinement de l’atelier mais comme une pratique

émancipatrice du quotidien qui libère l’être des carcans de la pensée. Il n’est pas

étonnant que Robert Filliou à la fin de sa vie se soit retiré dans un monastère

bouddhiste.

Il n’est pas étonnant non plus que Ramuntcho Matta se réfère souvent à Robert

Filliou pour évoquer sa propre pratique.

« Qu’est-ce que l’art de vivre sa vie avec intensité ? » demande l’artiste. On reconnaît

ici une facture de pensée issue des avant-gardes du XXe siècle, toutes ces révolutions

esthétiques qui prônaient un dépassement de l’art au profit d’une émancipation de

soi et/ou de la société. Il est rare qu’on entende encore ce type de discours

aujourd’hui dans l’accompagnement d’une exposition. Le situationnisme – vivre

l’instant présent comme une oeuvre en soi – semble un concept désuet et poussiéreux

dans un monde où les urgences ont changé de visage. Le potlatch et la dépense pure

ne sont plus d’actualité. L’heure n’est plus à l’intensité mais au ralentissement et à la

décroissance.

C’est le sang de l’expérimentation qui coule dans les veines de Ramuntcho Matta.

C’est pour cela qu’il ne se contente pas d’être un artiste plasticien de galerie, mais

traverse l’écriture comme la musique, en tant que compositeur et producteur avec le

label sometimeStudio, et qu’il a fondé en 2018 le programme Lizières afin d’accueillir

artistes et publics les plus divers pour des stages ou résidences partagés de

production et de réflexion : « Le nom de Lizières vient du fait que j’ai le sentiment

que beaucoup d’attention est donnée à la centralité des choses, alors que j’ai

l’impression que c’est à la périphérie que les choses intéressantes se passent. »

 

Tout n’est qu’expérience…

 

Eric Mangion